Villebague - Beau Plan

Mauricia et La Villebague : varangues sur le Nord

Légendes, drames et mystères entourent La Villebague et Mauricia, deux bijoux architecturaux indissociables de l’histoire de la région.

Dans les couloirs de La Villebague

Comment parler de La Villebague, sans mentionner ses résidents et visiteurs exceptionnels ?Commençons par Mahé de La Bourdonnais, gouverneur français, qui cofonde la première
sucrerie du domaine en 1743. Pour la petite histoire, les machines commandées pour la sucrerie échoueront sur les récifs lors du tristement fameux naufrage du Saint-Géran.

Lorsque La Bourdonnais est disgracié en 1747, La Villebague est vendue à René Magon, son successeur. C’est lui qui aurait construit la maison vers 1759, en s’inspirant de l’ancien palais
du gouverneur de Pondichéry. Le rez-de-chaussée en pierres, typique de l’architecture coloniale française du 18 ème siècle, confirme cette hypothèse… alors que le toit à deux pans daterait plutôt ses origines au 19 ème  ! Au début du XX ème siècle, La Villebague reçoit les deux futurs monarques britanniques, George V et Georges VI, pour des parties de chasse organisées par la famille Antelme – elle-même qui lègue au domaine le cerf en bronze qui trône devant la maison.

C’est en 1930 que le domaine revient à la compagnie The Mount, dont les principaux actionnaires sont à l’époque les Rosnay. La Villebague connaît des jours festifs avec le peintre Gaëtan de Rosnay, figure clé de la Nouvelle École de Paris, et son fils Arnaud, jetsetter et véliplanchiste de l’extrême qui disparaîtra tragiquement en Mer de Chine. Dans les années 1970, celui-ci organise des fêtes mémorables à La Villebague où l’on croise, entre autres, Brigitte Bardot !

Parfums d’antan à Mauricia

Les jardins de Mauricia sont tout aussi remarquables que l’architecture de la maison. On accède au domaine par une belle allée d’intendances, mais l’ancienne entrée, encore plus majestueuse, est bordée de camphriers. On raconte que dans les années 1860, un Anglais cultivait à Mauricia des pois de senteur qui embaumaient tout le voisinage.

C’est en 1819 que Jean Louis Dagot érige la sucrerie de Mauricia. Il vend ses terres en 1825 et les propriétaires du domaine se succèdent alors, jusqu’à son rachat par Nemours Harel en 1866. En 1960, la belle bâtisse en bois ne survit pas au cyclone Carole mais elle est reconstruite en béton selon les plans d’origine. Elle conserve donc le style des maisons traditionnelles créoles, avec une grande varangue à colonnades et plusieurs portes permettant l’aération transversale des pièces. À la même époque, le petit-fils de Nemours, Albert Mallac, fait revivre les jardins qui ont conservé, depuis, leur exquise beauté.

Une architecture métissée

Les maisons traditionnelles mauriciennes révèlent la richesse des influences culturelles qui se sont succédées sur l’île : arabesques musulmanes et indiennes, pelouse à l’anglaise, jardins à la française, ingénierie européenne, volutes chinoises…

Au-delà de l’aspect esthétique, ce sont aussi des maisons pratiques qui s’adaptent au climat tropical. La Villebague possède une varangue à colonnades qui ventile la maison pendant l’été. La peinture bleu-gris de ses volets – le fameux « Bleu Wedgwood » – est un mélange de permanganate et de chaux qui protège le bois des termites. Enfin, le rez-de-chaussée en pierre basaltique de taille, que l’on retrouve aussi à Mauricia, surélève la maison pour la protéger des inondations et des insectes.

Nathan Iyer

Architecte et designer urbain innovant, Nathan Iyer, originaire de Durban, est l’esprit derrière la Smart City de Beau Plan. Son succès repose sur son approche différenciante : penser la ville pour ses habitants, et non autour d’eux. Il partage avec nous sa vision pour Beau Plan.

septembre 9, 2020